Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /Avr /2010 14:57


 

J’ai rendez-vous dans une banlieue chic. La personne m’a contactée par mail, je ne l’ai jamais eue au téléphone. Je m’attends à une grande bourgeoise élégante, comme j’en rencontre régulièrement dans ce secteur. Les numéros des villas défilent. 67, 69, 71. Me voilà arrivée. Ce n’est pas une maison, mais un petit immeuble ancien, assez cossu. Je gare mon scooter, pousse la porte cochère et gravis les marches quatre à quatre, comme à mon habitude. Un petit escalier en béton, banal. Loin du grand escalier de maître auquel je m’attendais. Dernier étage. Une porte sans fioriture. Pas de sonnette. Je frappe… Une petite jeune femme vient m’ouvrir. Elle a un léger accent. Europe de l’Est, je pense. Roumaine, peut-être. Elle me tend une main pâle et frêle. Mirela. C’est son nom.

Derrière elle, immédiatement derrière, un mur. A gauche, un mur. A droite, une pièce minuscule, presque un placard. Je lui souris, mais le trouble doit se lire dans mon regard. Je ne vois même pas les gros chiens qui viennent m’accueillir énergiquement.

Petit… Comme tout est petit ! Un canapé-lit, une micro-table, une penderie, un évier. On a fait le tour de la pièce. Petit. 9 m carrés, peut-être. Un petit bout de femme, dans ce petit studio, avec son petit sourire, ses petits yeux fatigués, et ses deux gros chiens bondissants…

Tyson, 5 ans, type dogue argentin, a été diagnostiqué HSHA (hypersensible-hyperactif). Lyndor, 3 ans, croisé malinois-rottweiler, est agressif avec les autres chiens. Elle les a récupérés quasiment à la naissance. L’un trouvé dans un sac poubelle, l’autre sauvé de justesse de la noyade. Tous deux sevrés trop tôt, bien sûr. Généreuse, Mirela les a accueillis dans un appartement déjà trop petit pour elle. Par pure bonté d’âme. Peut-être aussi parce que, je l’apprendrai plus tard, elle aussi est une enfant adoptée, « récupérée ».

Nous prenons place sur le canapé. Immédiatement, les chiens y bondissent et nous écrasent allègrement. Je n’ose même pas lui expliquer que les chiens qui s’invitent sur le canapé ou sur le lit, ce n’est pas terrible. Il n’y a pas de place pour mettre un tapis au sol pour les molosses. Leur tapis, c’est le canapé, qui est lui-même le lit… La nuit, ils se retrouvent tous les trois en boule, compressés entre tous ces murs.

Sortant à peine d’une relation avec un homme violent, Mirela ne tolère plus l’idée de contrainte, ni même de limites. Pour elle, autorité rime forcément avec brutalité et ça, elle ne le supporte pas. Elle est débordée. Débordée par ses chiens, par la vie. Et je sens bien que tout ce que je lui dis, elle ne peut pas vraiment l’entendre.  Débordée, fatiguée.

Pour vivre, elle fait les ménages. Elle n’a visiblement pas un sou, mais ce sou qu’elle n’a pas, elle le dépense pour ses chiens. Comportementaliste, éducateur, vétérinaire, traitements, nourriture, matériel…

De la bonne volonté, du courage, elle en a à revendre, mais les chiens auraient besoin d’autre chose. Une autorité bienveillante, un cadre, et surtout un endroit et du temps pour se défouler (Mirela n’a bien sûr pas de voiture pour emmener courir ses molosses). Ce qui compte vraiment, Mirela ne peut le leur offrir. Je remonte sur mon scooter, la boule au ventre. Mirela a encore une fois dépensé l’argent qu’elle n’avait pas : une série de 10 cours pour ses chiens, payés en 3 fois. J’en ai presque honte. J’ai pourtant essayé de l’en dissuader. Je vais tout faire pour l’aider, mais ça me paraît bien illusoire. Qu’y puis-je réellement ? Que puis-je contre cette misère matérielle et psychologique ? L’aide que l’on peut apporter nous semble parfois bien dérisoire.

 


Par Dog bless you
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Mardi 6 avril 2010 2 06 /04 /Avr /2010 10:23

Ce jour-là, j'ai rendez-vous chez un couple de retraités avec un petit Westie du nom de Bouba. M. et Mme T. sont le type même du client bien brave, mais un peu con-con, qui dit « Ah oui » à tout, mais qui ne comprend rien. Ces jeunes petits vieux ont un problème avec Bouba : il aboie et veut attraper le balai quand Madame fait le ménage. Bon, c’est un souci assez fréquent chez les jeunes chiens. Rien de bien compliqué. J’explique à Mme T. comment habituer son chien au balai D’abord, on apprend à Bouba à rester dans son panier, puis on passe le balai discrètement, très loin de lui. Le but du jeu : rester dans son panier malgré la tentation. Le Westie, très sympa et de bonne volonté, réprime ses envies de poursuivre l’objet du désir ; on le félicite de faire tant d’efforts. On rapproche peu à peu le balai. Toujours pas de réaction. « C’est bien, Bouba ! » Finalement, on réussit à passer le balai juste à côté de lui. Il a carrément droit à une petite croquette !

A la fin de la séance, Mme T. est ravie. Je lui explique. qu’il faut refaire l’exercice tous les jours, en commençant assez loin avec de petits gestes, puis en se rapprochant. Au fil des jours, on pourra faire des gestes plus importants, il devrait s’habituer. « Ah, oui ».

 

Une semaine plus tard, coup de fil désespéré de Mme T. « On a bien fait ce que vous avez dit, hein, mais c’est encore pire qu’avant ». Etonnée, je retourne voir ce qu’il en est.

- Montrez-moi comment vous faites.

Mme T. sort le balai. Effectivement, Bouba jaillit instantanément de son panier en aboyant.

Et là, sous mes yeux ébahis (je vous jure que je n’invente rien), Mme T., 55-60 ans, empoigne le balai, le fait tournoyer en l’air,  puis passe d’immenses coups de balai en l’envoyant valdinguer à droite à gauche, et, dans un superbe final, l’enfourche et saute dans la pièce. Je vous jure !! Evidemment, Bouba devient fou, saute dans tous les sens en aboyant sur sa maîtresse, qui me regarde, l’air de dire « vous voyez ! »

J’arrive finalement à sortir de ma stupeur pour articuler un :

- Mais pourquoi vous faites ça ? 

- Eh ben vous m’avez dit de faire des gestes de plus en plus importants et qu’il devrait s’habituer. Ben il s’habitue pas, hein !

 

 

 

 

Par Dog bless you
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Samedi 3 avril 2010 6 03 /04 /Avr /2010 18:30

Nous sommes à l’hôpital gériatrique. Régulièrement, on va y rendre visite à des petits vieux plus ou moins « légumineux » afin d’égayer un peu leur journée. Il fait chaud. Ca fait bientôt deux heures qu’on est là. On commence à fatiguer. Mon chien passe de genoux en genoux pour recevoir des caresses et donner des léchouilles. Un monsieur pas si vieux et légumineux que ça est là, avec sa fille. Le contact avec les chiens le met visiblement en joie. On reste avec lui quelques minutes. Il ne parle pas, mais affiche un grand sourire et caresse le chien avec amour. Finalement, vient le moment de changer de genoux. C’est qu’il faut satisfaire tout le monde… Allez hop ! Genoux suivants. Et là, j’entends, en provenance du monsieur pas si vieux, un son de guimbarde ou de kazoo (vous savez, ce petit instrument de clown dans lequel on souffle pour faire des sons rigolos. Allez, je vous mets une photo).

http://www.biocrawler.com/w/images/0/01/Kazoo-s.jpg

Ca ne m’étonne qu’à moitié : ces petits vieux, ils feraient n'importe quoi pour récupérer l’attention des chiens ! Il y en a qui chantent à tue-tête. Une mamie de 90 ans s’est levée pour jouer du piano, l’autre jour. Cette fois, c’est le kazoo. Ils sont choux, ces vieux !

La règle, à ces séances, c’est de gagatiser et de dire tout haut ce qu’on pense avec un air béat. Alors je lance à mon chien un jovial : « Oh ! Regarde, Loulou, comme il est gentil, le moniseur ! Il te joue de la musique ! ». Et là je lève le tête et je vois le monsieur en question, le poing fermé contre son cou. Dans son poing, un laryngophone… Vous savez, le petit appareil que l’on colle à son cou pour parler artificiellement quand on a subit une ablation du larynx…

Oups… Oui, ben je pouvais pas savoir moi, que quand on parlait avec un laryngophone, on avait l'air de jouer du kazoo !

Par Dog bless you
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 08:47

Depuis janvier, je fais passer l’attestation d’aptitude aux détenteurs de chiens catégorisés.  Il s’agit d’une formation théorique de 7 heures (eh oui !) sur le comportement canin, la communication, l’éducation, la prévention de l’agressivité. La difficulté, c’est que les participants ne viennent pas par choix, mais par obligation, et qu’il n’ont plus forcément l’habitude de rester attentifs si longtemps. Je dois ajouter que ce n’est pas un vrai permis, dans le sens où il suffit d’avoir été présent pour obtenir l’attestation. Pas d’examen à la fin. Les gens peuvent faire leur tricot pendant 7 heures, du moment qu’ils sont restés, je dois leur donner leur sésame.. J’essaye de faire avaler les 7 heures en rendant ça le plus ludique, instructif et interactif possible. La plupart du temps, ça fonctionne très bien. La plupart du temps…

 

La dernière fois, La Relou est venue à la formation. La Relou, c’est une fille qui présente plutôt bien, 25-28 ans, genre vendeuse dans un magasin de fringues. La Relou a un rott « adorable » (bizarre, dans ces formations, tout le monde a des Rott « adorables »…), mais comme c’est une relou, elle ne peut pas s’empêcher de le soûler. Par exemple, au lieu de lui poser la gamelle, de lui dire « assis », puis « vas-y ». Elle lui pose la gamelle, elle dit « vas-y… Et puis non ! Attends ! Vas-y ! Non ! Couché ! Allez, vas-y, maintenant. Non ! Attends ! » Ah ah ! C’que c’est drôle… Le Rott doit vraiment être adorable, parce que moi, ça ferait longtemps que je l’aurais bouffée…

 

Bref, au bout de deux heures, malgré une pause et tous mes efforts, La Relou s'ennuie… Faut dire que vu la taille de son cerveau, il doit rapidement être en surchauffe. Alors, pour s’occuper, elle se met en tête de tout faire pour faire sortir mes chiens de leur panier, alors que je leur ai demandé d’y rester. Et la voilà qui sort le jeu numéro un : un petit laser. Elle fait courir le point rouge par terre. Aucun effet sur mon plus vieux chien, mais le plus jeune est très intéressé et fait des efforts « surcanins » pour rester à sa place, en me regardant d’un air implorant. Me voilà donc obligée de continuer la formation, tout en gardant un œil sur mon chien et en tentant de faire abstraction de La Relou. En temps normal, j'aurais dit à mon chien qu'il pouvait sortir, mais là, je venais d'expliquer que quand on leur a dit de rester à leur place, ils doivent y rester quoi qu'il se passe. Elle me teste, cette Relou... 

Jeu numéro deux, elle me fout son laser dans les yeux pour voir si je m’énerve (pas de bol, j’ai appris, avec les chiens, à contrôler mes émotions). Je continue. Le reste de la salle est solidaire et commence à râler contre cette débile. On entend des « y a des baffes qui se perdent ! »

Jeux numéro trois : elle va chercher du cake et fait une piste de miettes depuis le panier des chiens jusqu’à elle, toujours dans le but de les faire sortir. Ca commence quand même à m’échauffer. C’est déjà assez chiant comme ça pour mes chiens sans qu’une ado attardée vienne jouer sa sadique !

 

Evidemment, entre temps, elle pose des questions sur des trucs qu’on vient de dire. Brouhaha énervé dans la salle. A force, on prend du retard et tout le monde a du mal à se concentrer

 

Jeu numéro quatre : elle va tracer des moustaches aux chiens sur mon powerpoint sur la communication canine, projeté sur un tableau blanc. Trop drôle… Elle s’attend à quoi, à ce que ses petits camarades éclatent de rire ? A ce que la prof la vire de la classe ? On n'est pas en 6e, ma poule !

Je lui fais comprendre par des phrases très subtiles qu’elle commence à me soûler : quand elle me demande ce que le chien veut dire quand il fait tel truc (alors qu’on vient de le voir), je lui répond : « il veut vous dire que vous êtes super chiante, mais visiblement, vous avez du mal à comprendre… ». Subtil, non ?

 

Bref, les questions et remarques débiles s’enchaînent pendant des heures, volontairement à côté de la plaque ("et mon chien, je peux jouer à m'asseoir sur lui quand il est dans on panier ?"). Super jeu… Il doit trouver ça trop drôle, le chien… Mon cerveau chauffe, le retard s’accumule, la salle n’en peut plus. Mais d’un coup, on se rend compte que ça va beaucoup mieux. On avance, les discussions deviennent intéressantes…

Que se passe-t-il ? La Relou s’est endormie… Chut… Surtout, ne la réveillons pas.

 

Au bout des 7 heures, on n’a pas réussi à boucler le programme, mais tout le monde a bien mal à la tête et est content que ça se finisse. Alors, la Relou vient me voir et me sort : « Merci, hein ! C’était très intéressant. J’ai passé un excellent moment. Et merci pour votre patience ! » Aucun ironie dans sa voix. Elle était vraiment contente… Ca en fait au moins une…

 

 

Par Dog bless you
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Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 11:43
A toutes les mamies clichés du monde, et surtout à tous ceux qui doivent les supporter...

Ce matin, en promenant mes chiens, je découvre une sorte de terrain vague herbeux idéal pour un terrain d'agility. Dedans, une mémé que je ne connais pas promène son chien. Je vais lui demander ce que c’est que ce terrain.

 

Aïe, mauvais pioche… Mon radar à cons a mal fonctionné. C’était Mamie Cliché. Celle que l’on a tous rencontrée au moins une fois.

A son ton mou et chevrotant, dès sa première phrase (« ils sont méchants, vos chiens ? »), mon radar se met à sonner, mais trop tard pour fuir. Je vais devoir endurer la longue série de clichés gluants et baveux.

 

- Avant, ici, il y avait des marchands de frites, mais ils ont tout fait cramer. Encore les arabes !

Cliché numéro un. Et puis elle enchaîne, du coq à l'âne :

- Le chien de ma belle-sœur, il a attrapé un os dans le nez ( ??!!). Il pouvait plus respirer. Il en est mort. C’est pour ça qu’elle a voulu un autre chien. Alors elle a pris un berger Picard à la SPA. Son mari, il voulait pas, mais elle lui a fait la gueule pendant toute une semaine, hein. Elle obtient tout ce qu’elle veut, ma belle-sœur. Ils sont bien à la SPA, c'est pas comme...

 

Et bla bla bla, et bla bla bla. Je n’écoute plus. Mais une phrase me ramène à la surface :

- Son chien, il dort sur le canapé, la tête sur sa jambe. Il est trop mignon. (Pff…). Il faut dire qu’avec la SPA, il est traumatisé, alors on ne peut pas le faire descendre du canapé (??).

Cliché numéro deux, un classique, mais version « syndrome du canapé », je ne l’avais jamais entendu.

Devant mon absence de réponse, elle insiste :

- Vous vous rendez compte ? Pauvre chien.

- Ah oui, le pauvre… (pfff…)

Dans trois secondes, elle me sort la vieille phrase comme quoi les animaux valent mieux que les hommes. Un, deux, trois :

 

- Moi, j’aime les bêtes. Au moins, ils sont fidèles. De toute façon, les humains, ils m’écoeurent. 

Cliché numéro trois. Mon radar à cons s’affole. Oui, ben la prochaine fois, déclanche-toi plus tôt !

 

S’en suit encore toute une série de clichés, entrecoupés de mes tentatives désespérées  de fuite: "Bon, allez. Faut que j'y aille." "Bon, allez, c'est pas tout ça..."

Cliché numéro 4 sur les gros chiens,  numéro 5 sur les gens qui ont des chiens de race, numéro 6 sur les gentils qui aiment les animaux, numéro 7 sur les méchants qui abandonnent leur animal parce qu’il a une maladie de peau, numéro 8 sur les méchants qui noient les chatons…

 

Et vient enfin la phrase fatale :

- Mon véto, il m’a conseillé de voir un dresseur, parce que ma chienne, elle me mord (sans blague ?). Vous en connaissez pas un, vous ?

- Un éducateur canin ?

- Oui, c’est ça.

- Ah non, désolée. Bon, il faut que j’y aille. Au revoir, madame.

 

Note pour plus tard : ne pas oublier de passer chez le réparateur de radar à cons

 

 

 

 

Par Dog bless you
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