Raymond et les toilettes pour chiens

Publié le par Dog bless you

Supposons le temps de cet article que je m’appelle Camille.

 


- Allô ?

- Allô, Ca-mi-yeu ?

La voix au bout du fil a les accents chantants d’une homosexualité flamboyante. « Ca-mi-yeu ». Le mot semble inscrit sur une portée : mi-si-fa.

- Euh… oui. (on se connaît ?)

- Salut, c’est Thibau-heu. (mi-mi-ré)

-Euh… Oui. Bonjour.

Tous mes neurones fonctionnent à plein régime pour savoir qui est ce Thibault exubérant qui semble si bien s’entendre avec moi. Je connais bien un Thibault, mais c’est un agriculteur bourguignon… Pas le même style.

- Je t’appelle pour Raymond ! On se tutoie, hein, ça sera plus simple. (Cette fois c’est sûr, je ne le connais pas). Tu sais, Raymond, c’est quelqu’un de bien, hein. Mais alors, il est im-po-ssible ! Je crois que je vais devoir m’en séparer ! Il faut absolument que tu viennes le voir en urgence. Il est in-fer-nal ! C’est dommage, parce que c’est quelqu’un de bien. Enfin, « quelqu’un »… On se comprend, quoi.

- En urgence ? Ca va être difficile en ce moment. Qu’est-ce qu’il se passe ?

Je me dis que Raymond doit être un ado de 8-10 mois qui commence à s’affirmer. En général, quand on m’annonce une urgence, c’est que le chien a grogné ou mordu.

- Ben il couine et il bouge tout le temps, c’est in-su-ppor-table !

- Mais il s’est mis à faire ça d’un coup ?

- Ah non, il le fait depuis toujours, mais là, j’en peux plus ! Ca devient urgent ! Je vais devoir m’en séparer. Le véto l’a diagnostiqué hyperactif. Il l’a mis sous calmants, mais ça ne fait pas grand-chose ! C’est une dame que j’ai croisée qui m’a conseillé de t’appeler. Tu es notre dernière chance.

Mmmouais… Une urgence qui dure depuis 8 mois, elle pourra bien attendre encore quelques jours.

 

10 jours plus tard, je débarque chez Raymond. Troisième étage d’un immeuble moderne, en plein centre-ville. De l’autre côté de la porte, un univers totalement aseptisé. Thibault me demande d’ailleurs d’enlever mes chaussures à l’entrée (pas de bol, j’ai un trou à la chaussette droite, et mon gros orteil rosé dépasse de sa gangue vert pomme… Comme un gros vers d'une grany !). C’est bien sûr Raymond qui vient me saluer en premier. Raymond est un petit Jack Russel aussi exubérant que son maître. Du genre qu’on peut regarder dans les yeux sans se baisser, tellement il est monté sur ressorts.

 

Je demande à m’asseoir quelque part pour prendre des notes. Thibault m’invite à une table en verre sur laquelle j’ai peur de laisser des traces de doigts. Tout est vraiment nickel, chez Thibault. Il profite de chaque fin de phrase pour marteler qu’il a fait refaire l’appart’ à neuf il y a un an et qu’il aime bien que tout soit propre. Bizarre de prendre un chiot quand on est aussi maniaque, mais bon, pour l’instant, pas de dégâts à l’horizon. J’en viens aux questions traditionnelles de début d’entretien. Il a quel âge ? Il vient d’un élevage ? Vous l’avez adopté à quel âge ? Il reste longtemps seul la journée ? Vous le sortez à quel rythme ? Réponses classiques. Je note machinalement : 9 mois, oui, 2 mois, quatre-cinq heures, au moins une fois par semaine… Mon cerveau se reconnecte. Au moins une fois par… semaine ?

- Oui. On m’a dit que les Jacks avaient besoin de se dépenser, alors je le sors au moins une dans la semaine. Parfois même deux ! Ca me demande des efforts, parce que je suis très fatigué en ce moment, mais je fais tout ça pour lui.

 

Pour les petits et gros besoins de Raymond, Thibault a investi dans des toilettes pour chiens, comme un bac à chats  surmonté d'une fausse pelouse, avec écoulement des urines…


J’apprendrai plus tard qu’au début, il voulait un chat, parce que c’est plus propre. Et puis dans l’élevage où il allait prendre le chaton, ils faisaient aussi les Jacks Russels. Quand Thibault a vu Raymond, il a craqué.

 

Pas besoin d’aller voir plus loin. Je sais d’où vient « l’hyperactivité » de Raymond…

 

- Merci l’éleveur pour avoir si bien sélectionné et renseigné l’adoptant !

- Merci le véto pour le diagnostic « d’hyperactivité » … Mais bon, je soupçonne Thibault de ne pas avoir dit toute la vérité, rien que la vérité, sur le rythme de sortie du chien…

- Merci les fabricants de toilettes pour chiens, grâce à qui Médor n’a plus besoin de sortir !

 

C'est vraiment une honte ! Si vous avez du temps à perdre, allez voir ce superbe article, où on nous vante les mérites des toilettes pour chiens : "Les toilettes pour chien d'intérieur, c'est une idée toute bête, mais qui pourrait changer la vie de beaucoup de propriétaires d'animaux de compagnie."

 

Non mais je rêve !  No more comment...

 

 

Commenter cet article

Aurore 29/01/2014 23:06

Ce n'est pas le produit qui n'est pas bien, c'est l'utilisation qui en est faite. Quand un chien est malade ou vieux, ça peut être utile. Avoir ces toilettes n'empêchent en rien de promener son
chien.

m&m's 24/07/2010 00:19


C'est fou et énervant!


Cora 17/07/2010 12:27


Vraiment hallucinant!! La logique de ce type de prendre un chiuen "comme ca" à la place d'un chat. Le véto qui parle d'hyperactivité; tu m'étonne!! :-) Et le coup des toilettes pour chiens est le
summum je crois!! Y'a vraiment es cas sociaux, merci les comportementalistes hi hi
Tellement drôle que je partage sur facebook!
Bonne journée


Adeline 13/06/2010 20:45


Oui c'est vrai que le bac peut éviter au chien de souffrir inutilement. Dans le cas de ce propriétaire je trouve ça vraiment dommage de se priver du bonheur de promener son chien et de la
complicité qui se crée à ce moment là. J'ai un grand jardin, donc ma chienne y fait ses besoins, la promenade lui sert surtout à se défouler. Le jack russel qui ne court jamais, il doit ressembler
à une belle cocotte minute sous pression.


Shimizu 13/06/2010 20:01


ah oui, je suis d'accord avec toi, une sortie par jour ça reste le minimum mais vu que mes horaires sont changeants, je ne veux pas qu'il doive se retenir jusqu'au moment de la sortie

c'est vrai que de se garder un truc qui donne mauvaise conscience ça aide les jours où on a pas envie de se bouger mais comme je supporte mal d'être enfermée, je me sentirais mal d'imposer un mode
de vie "sans" sorties à mon chien