Bourrés

Publié le par Dog bless you

Y a personne. Ils m'ont posé un lapin. Je poirote depuis un quart d'heure, dans le vague espoir qu'ils arrivent quand même. Toujours personne. Passablement énervée, je fais demi-tour et m'engage dans la rue piétonne. Et qui je vois, là, devant moi ? Eux... Eux, qui sont dans la rue, alors qu'ils auraient dû être derrière leur porte. Je n'ai même pas envie de les engueuler. Je dois être dans un bon jour. Je dégaine mon sourire et leur adresse un sympathique "Eh bien, vous m'aviez oubliée ?". Mais là, mon sourire se fige en un rictus crispé. Ils me reconnaissent à peine. Ils parlent fort. Ce regard vague, cette démarche mal assurée, ces intonations éraillées... Ils sont bourrés. Bourrés comme le sac de voyage du Chihuahua de Paris Hilton. Ca y est, ils me reconnaissent. Ils sont bourrés, et moi, je suis grillée. Trop tard pour prendre mes jambes à mon cou.

"Ah oui ! On vous avais un peu oubliée. Mais maintenant que vous êtes là, montez !" Mince... Mon cerveau patine pour trouver une excuse. Je bafouille intérieurement, mais ça ne sort pas. Tant pis. Pas le choix. On y va.

En plus, c'est le premier cours, celui où je fais toute la théorie sur le comportement canin et où les clients doivent être particulièrement attentifs. Souvent, ils ressentent même le besoin de prendre des notes. Mais bien sûr, pas Eux...

J'arrive dans un appartement dévasté. C'est Bérouth. Un canapé déchiré sert de tombeau à des cadavres de bouteilles. Une vraie nécropole. Sortez-moi de là !

Ils m'apportent un verre (d'eau). Je m'apprête à le saisir en les remerciant, quand la grande chienne vient laper dedans.  J'arrête mon geste et je repose ma main sur mes cuisses. Tant pis pour l'eau. Ils remarquent mon embarras. "Bah alors, vous êtes bien délicate, vous ! C'est qu'un chien, hein !" Petit sourire gêné. J'ai envie de dire "justement"...

En râlant un peu, l'air de dire que je fais ma princesse, elle va me changer l'eau... mais pas le verre. Quand elle revient, on voit encore la trace de la langue de la chienne sur la paroi translucide.

Qu'est-ce que je suis sensée faire ? Me fâcher ? M'éclipser ? Faire semblant de pas remarquer qu'ils sont soûls ? A tort ou à raison, c'est l'option que je choisis. Ils ne sont pas bourrés comme des gens qui viennent de fêter une victoire au foot ou d'enterrer une vie de garçon. Ils sont bourrés-lucides, comme si c'était normal, comme si c'était tout le temps. Des alcooliques profonds, qui ont un boulot, des enfants, un chien. Des alcooliques qui ont des soucis de boulot, des soucis d'enfants, des soucis de chien. Ils attendent de moi une solution. Ils ont besoin de moi. Ce n'est juste pas le bon jour, pas le bon moment.

La suite de la séance, je m'en souviens à peine. Je sais juste que les minutes s'égrainent, une à une. C'est fou le nombre de secondes qu'il peut y avoir dans une minute. Et le nombre de minutes dans une heure.

C'est enfin fini. Ils ont écouté, mais sûrement pas entendu. Une heure pour rien. Je ne leur ai rien apporté. Dommage. C'avait l'air d'être des gens biens. C'était le mauvais jour, le mauvais moment. Je ne les ai jamais revus...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Soledad 17/05/2010 23:21


Une histoire à vous couper la pépie !!!


A.L 17/05/2010 21:24


Allez, on trinque ! "Santé"...


les Scroumpfs 17/05/2010 12:07


sympa... ça donne envie de revenir ça


houba 16/05/2010 21:19


et ben quelle histoire..c'était quoi comme race le chien? et le problème?enfin cela dit s'ils sont souvent bourrés peuvent pas éduquer leur chien..ni leurs enfants d'ailleurs !! bonne semaine


Dog bless you 17/05/2010 16:47



C'était un croisé berger, et le problème... Ben j'ai pas trop réussi à savoir. En gros, il n'obéissait pas, quoi...